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Troufions
INFRAROUGE
Mardi 27 mars 2012 à 23h
2ème partie de soirée
56’
50 ans après la signature des accords d’Evian en mars 1962, le documentaire Troufions donne la parole à 5
soldats français qui ont fait la guerre d’Algérie comme simples appelés. Ces hommes âgés aujourd’hui de 70
ans se sont tût obstinément durant toutes ces années, sans rien confier à leurs parents, leurs femmes ou leurs
enfants. Ils décident de parler pour la première fois, avant qu’il ne soit trop tard.
Troufions permet de faire remonter à la surface la parole enfouie de ces vétérans car leur mutisme intime n’est
pas une amnésie. Au contraire, le conflit algérien est encore pour eux une plaie ouverte. Ce film délie ces
hommes de leur silence et récolte une parole juste sur leurs souffrances secrètes et leurs blessures invisibles. Il
interroge les séquelles et les stigmates d’une guerre si peu racontée.
Ces hommes-mémoires sont paysans, ouvriers, ou fonctionnaires, ils avaient 20 ans et n’étaient que de simples
troufions.
Un film inédit écrit et réalisé par Thierry Demaizière et Alban Teurlai
Production exécutive, Stéphanie Schorter
Une production Falabracks
Avec la participation de France Télévisions
Avec le soutien de l’Acsé
Avec la participation du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée
Unité de programmes documentaires : Fabrice Puchault, Barbara Hurel
Troufions

Résumé
« Nous avions 20 ans, nous crapahutions sous le soleil qui brûle les Djebels, des Aurès, du
Hodna, de Kabylie, de l’Ouarsenis et d’ailleurs, ou sous la pluie qui détrempe la chair.
Nous étions sur des pitons, ou dans les sables du désert.
Nous avons grelotté de froid ou sué tout le sel de notre corps, et nous nous sommes repus de
l’eau boueuse des oueds, tant la soif nous tenaillait. »
(Extrait de la page d’accueil du site de l’amicale militaire en AFN)
Ils reviennent muets.
Et le restent implacablement pendant 50 ans.
C’est la dernière mobilisation générale de l’Histoire de France. Au moment de cet appel aux
citoyens français, ils sortent tout juste de leur adolescence. Jeunes appelés du contingent ou
engagés volontaires, ils embarquent à Marseille pour une traversée à fond de cale de 24h à
destination d’Alger ou d’Oran. Guère préparés à ce qui s’y passe, ils découvrent un pays au
climat, à la géographie, à la langue, aux moeurs et à la culture qui leur est totalement étranger.
Ils ont le sens du devoir et représentent la France pour une mission qui n’est pas véritablement
caractérisée – on ne parle pas de guerre mais d’«évènements» – Ils sont jeunes, encore naïfs,
inexpérimentés. Dès lors, ils mettent le doigt dans l’engrenage de la violence. L’année de leur
vingtième anniversaire, ils sont précipités dans une abominable guerre qui ne dit pas encore son
nom.
Démobilisés avec la proclamation du cessez-le-feu, les combattants regagnent le sol
métropolitain. Un retour funeste. Ils ne sont pas les héros glorieux d’une lutte qui a mené à
l’indépendance d’un pays, ils sont les acteurs d’une sale guerre où exécutions sommaires, terreur,
torture faisaient partie de leur arsenal. Ils rentrent sans honneur et sans gloire dans une ambiance
générale d’indifférence.
C’est ce point de vue inexploré, en marge des nombreux documentaires historiques qui ont déjà
donné la parole aux grands acteurs de cette guerre, que « Troufions » choisit de confier aux
téléspectateurs. Ce film veut délivrer une parole restée intacte, extirpée de sa chape de plomb, en
pénétrant cette zone d’obscurité de la mémoire de ces hommes anonymes restés mutiques, et en
les conduisant à révéler pour la première fois ce par quoi ils sont passés.
C’est la spécificité de ce film. Jamais n’a été réalisé sur la guerre d’Algérie un documentaire livrant
la vérité authentique de simples soldats. Le voile a été levé en partie sur le tabou de la torture par
des officiers et sous-officiers, des généraux, mais l’immersion dans le quotidien de la guerre,
vécue par les troufions engagés ou appelés n’a pas encore été rapportée.
« Troufions » prend aussi le parti d’aller plus loin que le seul recueil du récit de cet intervalle de
leur passé en interrogeant ces hommes sur le sens de leur silence. Le film cherche à comprendre
pourquoi ils n’ont pu se résoudre à raconter à leurs proches, pourquoi ils ont retenu leur parole si
longtemps. Quelles raisons pour ce mutisme pesant ? Culpabilité, pudeur, souffrance, honte,
crainte du jugement moral, volonté d’oubli, peur de laisser ressurgir des récits affreux, refus de
transmettre la douleur en héritage, refus de l’opinion publique d’entendre, censure du pouvoir
politique ?
Troufions

Note d’intention
Ne pas laisser mourir ces hommes en emportant leur mémoire.
Poser leurs mots sur cette période sombre.
Mettre du sens sur leur silence.
Offrir une trame orale et vivante aux historiens.
Voilà l’ambition de ce documentaire dédié à la parole frontale :
Oser faire le film de leurs 20 ans.
Le film se repose sur trois outils de réalisation utilisés de façon stratégique :
des témoignages, des traces du passé et des intervalles musicaux
Les témoignages :
Ils sont le socle du film et la narration est organisée autour d’eux.
C’est notre volonté de se tourner exclusivement vers des troufions, de simples soldats, des
combattants anonymes et non pas vers de grands témoins ou des membres d’associations
d’anciens combattants qui sont des militants de la mémoire. La primeur de la parole de nos
personnages est un élément essentiel du film car les raisons de leur silence nous intéressent
autant que le récit de ce qu’ils ont vécu.
Tous marqués à vie par cette guerre perdue, nos témoins seront au nombre de cinq. Ils ont des
profils et ressentis différents.
Aucun ne sont rentrés intacts, mais pour quatre d’entre eux, le traumatisme de ce qu’ils ont vu, de
ce qu’ils ont fait les habite toujours. Ils sont hantés par les fantômes de leur guerre. Le regret de
ne pas avoir refusé, ne pas s’être révolté, ne pas avoir déserté, les a muré irréversiblement dans
le silence.
Deux autres ont enfoui depuis 50 ans dans leur mémoire les exactions commises ou celles dont
ils ont été témoins, mais ils ont la conscience tranquille. Ils restent convaincus d’avoir agi au nom
de la Nation, dans l’intérêt de la France.
Poussés par la génération de leurs petits-enfants, tous acceptent de briser aujourd’hui leur silence
cinquantenaire, reconnaissant la légitimité du devoir de mémoire et le besoin sortir de
l’enfermement de leur traumatisme.
« Sur les circonstances du retour de la guerre d’Algérie dans la société française d’aujourd’hui, un
élément domine, le passage des générations. Celui qui a vécu un événement décisif éprouve le
désir de laisser une trace. Au soir d’une vie apparaît la nécessité de se délivrer davantage d’un
poids, d’un secret ou d’un remords. De leur côté, les jeunes générations éprouvent le besoin de
s’inscrire dans une généalogie, dans une filiation, de savoir quelle a été l’attitude du père ou du
grand-père dans cette guerre. Cette situation-là s’observe dans la jeunesse française, mais aussi
dans la jeunesse d’origine algérienne. » Benjamin Stora –
Nous irons les interviewer dans leur univers, là où ils vivent en famille et au milieu de leurs
proches. Ce seront des moments de discussion en mouvement, dans différentes situations soit de
tête-à-tête, soit interactives avec ceux qui les entourent. Les réminiscences seront dévoilées au
cours de plusieurs séquences variées pour éviter toute impression statique et privilégier sur une
forme vivante.
Le dispositif filmique est souple, discret et léger. Les interviews sont recueillies par une seule
caméra, tenue à l’épaule, qui va avantager les mouvements et aller chercher des gros plans
signifiants. La caméra choisie pour tourner est le Canon 5D parce qu’elle favorise notre approche
cinématographique. Elle permet de jouer sur les profondeurs de champs et les longues focales,
avec des amorces dans le cadre comme c’est notre intention. Elle nous autorise aussi à réaliser
des prises de vue en demi-teinte ou très faible lumière, quand l’utilisation de lumière artificielle
n’est pas souhaitée. Cette liberté est un atout pour rapporter la vérité du terrain dans le respect de
l‘environnement du cadre où elles sont réalisées, sans interférence technique.
Troufions

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