UN BEBE A TOUT PRIX

Un reportage de Zoé de Bussierre et Jean-Laurent Bodinier (Cargo Culte)
Sylvie et David, Isabelle et Jacques. Deux couples, deux histoires d’amour. Seule ombre au tableau : le bébé qu’ils rêvent d’avoir et qui ne vient pas. Leur dernier recours : le don d’ovocytes. Mais en France, les listes d’attente sont longues, et les donneuses sont rares…
« Donner ses ovocytes, c’est difficile et pénible, techniquement parlant, donc on ne donne pas si spontanément. Déjà, il faut que les femmes sachent qu’on a besoin de don d’ovocytes. On commence à en parler, il y a des campagnes et c’est très bien. Il faudrait aussi leur faciliter la vie, et je pense que ça n’est pas suffisant actuellement, » explique le Dr Joëlle Bellaisch Allart, spécialiste de la procréation médicalement assistée à l’hôpital de Sèvres, en région parisienne. C’est justement vers le Dr Bellaisch Allart qu’Isabelle et Jacques se sont tournés après plusieurs mois de tentatives infructueuses. Elle les a directement orientés vers le don d’ovocytes. Isabelle et Jacques ont eu beaucoup de chance : leur petit Côme vient de naître, après deux ans d’attente. « C’est le plus beau bébé du monde! Forcément… On est très fiers d’avoir eu Côme, alors qu’on n’était pas censés pouvoir avoir d’enfant », raconte Isabelle, penchée sur son nouveau-né. Deux ans d’attente et un parcours du combattant « Si, après toutes ces démarches, nous n’avions pas pu avoir de bébé, je pense que ça aurait été très difficile », avoue Isabelle.
Sylvie et David, eux, auraient du attendre encore plus longtemps. Alors, ils ont choisi un autre chemin pour avoir un enfant. Un chemin qui les a menés vers une clinique en Grèce, où les donneuses sont plus nombreuses qu’en France, puisqu’elles sont rémunérées. Ils y retournent pour la deuxième fois, après un premier échec. Difficile de ne pas être angoissé, d’autant que l’intervention coûte plusieurs milliers d’euros. Mais Sylvie et David gardent espoir : « Si on va vraiment au bout des choses, ce sera un cadeau merveilleux… Et puis, c’est une aventure pour notre couple aussi. »

SOURD ET ALORS… 3 ANS APRES

Un reportage de Laurent Fléchaire et François Bordes (Productions du Moment)

Etre sourd, c’est se priver de la musique, du rire des enfants, des petits sons et des mots. Etre sourd, c’est être isolé, exclu du monde extérieur et des autres. En France, on compte 5 millions de sourds, de légers à profonds. Il y a trois ans, nous avions fait la connaissance de Charlotte, Sophie et Catherine Fourastié… Sourdes par  » accident  » ou sourdes de naissance, elles avaient envie de se faire entendre. Elles débordent toujours de la même énergie et l’une d’entre elles a décidé de sortir de son silence.

Charlotte est devenue brutalement sourde en 2006. Avec ses appareils, elle n’entendait pas grand-chose, sans,  » je ne m’entends même pas parler.  » Charlotte a du laisser tomber piano et boulot. Très entourée, gaie et énergique, Charlotte apprend à lire sur les lèvres avec Emilie, son orthophoniste.  » Apparemment, ça marche. Ca fait deux ans qu’on me dit que j’entends mieux, mais en fait je n’entends pas mieux. Je comprends pas mal de trucs et du coup, je ne sais pas comment les autres peuvent s’imaginer le degré de la surdité. J’aimerais bien que les personnes qui sont en face de moi se mettent deux secondes dans ma tête, avec mes oreilles, pour se rendre compte de ce qui se passe. Juste deux secondes parce qu’après, trois, c’est trop chiant.  » Trois ans plus tard, c’est la révolution ! Charlotte a décidé de  » devenir Super Jaimie, de se faire poser une oreille bionique « , un implant cochléaire que doit lui poser le Professeur Frachet à l’Hôpital Beaujon.
Elue 1ère Dauphine Miss France en 2007, Sophie Vouzelaud est devenue une ambassadrice de la surdité… expliquant son handicap aux élèves de Monsieur Brandy, son instituteur en CM1. Comment apprendre à parler alors que l’on n’entend pas les mots ?  » mes parents voulaient que je parle comme vous. Ils voulaient à tout prix que je sois comme les autres. Monsieur Brandy s’est adapté à moi. Il m’a bien expliqué, face à face mais ça a été dur.  » Depuis, Sophie sillonne la France, son livre sous le bras  » pour que les gens changent de regard.  » Trois ans après, Sophie continue son  » ambassade  » pour faire entendre la voix de ceux qui, comme elle, vivent avec un handicap.
Catherine Fourastié, elle, passait son premier coup de téléphone à l’âge de 55 ans ! Grâce au système Tadéo, où le langage des signes est relayé par des traducteurs et des caméras, elle allait pouvoir, pour la première fois, téléphoner à sa fille et se prenait à rêver au jour où la Mairie d’Orléans allait en équiper son bureau, histoire de lui permettre de travailler comme ses collègues. Trois ans plus tard, Madame Fourastié est toujours au même poste… mais c’est son mari, sourd comme elle, qui bénéficie du système Tadéo sur son lieu de travail