Je suis saisi par l’émotion.

Je le savais très souffrant et comme quelques proches qui ont tout fait pour l’accompagner jusqu’au dernier moment il me restera l’émotion et le bonheur d’avoir partagé son intimité, sa combativité, ses projets et ce regard si doux et si pétillant qui en disait long sur ses passions et son amour de l’autre.

Je peux dire tellement de choses de lui, de l’homme, de sa plume, de l’action qu’il a bien voulu mener à mes côtés, au bénéfice des jeunes et de la langue. En tant qu’élu en charge de la littérature et de la lutte contre l’illettrisme il aura profondément marqué le conseil municipal tant il était grand républicain et humaniste.

De l’homme, je dirais ceci : il était à la fois l’incarnation de la passion et de la sérénité, ce qui produit un bel équilibre de cœur.

De sa plume, je parlerais ainsi : légère et aiguë, elle touche juste et elle émeut tout autant. Et voilà comment, dans ses romans, comme Les amants du paradis, dans ses biographies, comme celles recueillies dans la sériée Ma Riviéra, il donnait vie à des personnages justes et émouvants.

De son action, un fait se dégage : sa volonté de faire partager son amour de la langue française à tant de jeunes quelle que soit leur origine ou leur condition sociale. Et voilà comment il amenait, régulièrement, dans les écoles et les collèges de Nice, ses confrères-écrivain-e-s, à se confronter à la curiosité, à la soif de découverte et de compréhension de nos enfants. Et voilà comment encore il a approfondi la programmation du CUM vers la littérature et le débat, et comment il a donné un élan magnifique à notre festival du Livre.

Homme du Nord, Raoul est devenu un Niçois. Séduit, conquis, envoûté par notre terre et notre ville, il savait autant en raconter le passé qu’en discerner les failles. Homme de lettres, Raoul était reconnu et apprécié de ses pairs, qui lui décernèrent le prix Interallié ou encore le prix Paul-Léautaud, comme de ses lecteurs, qui firent le succès de ses sagas comme Le paradis des tempêtes qui était pour moi la découverte de l’amour profond qui le liait à notre cité.

Oui, en toute chose, Raoul était un homme, dans le plus noble sens du mot, un homme rare, et c’est la mort d’un homme rare autant que d’un ami cher qui me rend si triste aujourd’hui.

Sa disparition laissera un grand vide dans le monde littéraire et dans la ville de Nice mais en même temps exige de notre part de poursuivre pour notre ville tout ce qu’il a su lui impulser tant dans son rayonnement culturel que dans l’accompagnement des nouvelles générations.

Enfin je veux dire à Monique qui a partagé l’essentiel de sa vie et qui l’a si bien accompagné tout au long de sa vie toute notre affection.

La ville de Nice rendra naturellement hommage à Raoul MILLE dans les jours qui viennent